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Habitats caussenards

L’habitant du causse a un rapport évident avec la pierre, omniprésente. Dans ce pays où l’épierrement des champs et la construction de murets précédaient et accompagnaient le travail de la terre, le paysan était aussi bâtisseur. Jusqu’au début du XXème siècle, le recours aux professionnels du bâtiment semble rare. Il était évidemment plus économique de construire soi-même (en général au printemps) quitte à faire appel à un maçon lorsque le mur menaçait de s’écrouler.

Des maisons bâties comme des chapelles romanes

L’arc et la voûte sont les éléments les plus caractéristiques et les plus spectaculaires de l’architecture caussenarde, liés à une faible occupation de l’espace au sol et une disposition en hauteur. Dans les vallées, si le rez-de-chaussée était toujours voûté, les étages ne l’étaient que très rarement. Sur le causse, par contre, on trouve souvent deux, voire trois, voûtes superposées. Ce style est employé pour l’ensemble des bâtiments (maison, bergerie, granges et annexes), accompagné de tout un répertoire de formes uniques et variées. La maison caussenarde obéit à un schéma simple et général : elle superpose citerne, bergerie, habitation et grenier sous le même toit.

Au rez-de-chaussée, la voûte de la bergerie est en plein-cintre, parfois surbaissée pour agrandir le volume utile. Elle isole l’étage des vapeurs d’amoniaque que dégage le troupeau. Elle permet par ailleurs de maintenir un certain équilibre thermique face aux importantes variations climatiques. La bergerie et sa voûte constituent ainsi un "matelas" isolant appréciable pour l’habitation, dans une construction sans fondations, reposant directement sur le sol. Elle se présente sous la forme d’un long tunnel voûté, éclairé par d’étroites ouvertures verticales.

Au-dessus de la bergerie, une voûte en ogive couvre l’habitation et supporte la toiture. Cette forme verticale d’ogive épouse au plus près les pentes du toit et offre un volume plus facilement aménageable. L’intersection des deux voûtes, sur un espace carré, produit une voûte d’arêtes, système appréciable car reposant sur quatre points d’appui, et non sur des murs continus. On peut donc libérer de grandes ouvertures, économiser des pierres et gagner de l’espace. Ces voûtes sont presque indestructibles, même quand leur couverture a disparu.

On accède à l’habitation par un escalier extérieur et un perron, portés par la voûte d’entrée de la bergerie. Ce perron (balet), souvent coiffé d’un toit, est plus qu’un simple passage : on s’y installe les soirs d’été pour divers petits travaux domestiques ou artisanaux. On entre directement dans la cuisine, véritable "salle de séjour" de la famille. La cheminée est monumentale, occupant généralement tout un mur. Une niche évidée dans un mur contient l’évier de pierre, toujours éclairée par une petite fenêtre. Selon les cas, une ou deux chambres font suite à la cuisine.

La toiture est couverte de lauzes, plaquettes calcaires taillées en écailles, de 2 à 5 cm d’épaisseur, 30 à 40 cm de long, 20 à 25 cm de large. Préparées au sol, elles sont posées en rangs horizontaux et calées avec de la terre et de la pierraille. Les lauzes de bordure sont les plus larges, maçonnées au faîte du mur. Puis chaque rangée vient recouvrir aux deux-tiers la rangée inférieure. Sur le causse, l’emploi de la voûte de pierre permet de supporter le poids d’une telle toiture (les murs porteurs sont larges, environ 1 mètre) et, l’étanchéité de la lauze étant toute relative, de garantir une meilleure isolation.

En aucun cas, l’habitat ne saurait empiéter sur les rares et précieuses terres cultivables. Les maisons sont construites le plus souvent sur les terres arides, ou même directement sur le rocher, en bordure des terres labourables. D’autre part, le climat rude et la faiblesse des protections naturelles contre les intempéries, ont contraint les hommes à profiter de la moindre cuvette pour construire la ferme, qui se ramasse sur elle-même en tournant le dos au nord pour s’ouvrir largement vers le sud et l’est. Les différents bâtiments sont répartis en U autour d’une cour qu’ils abritent ainsi du vent.

Si ce portrait correspond à une sorte de schéma-type de la maison caussenarde, il ne peut rendre compte de l’extrême diversité de cette architecture pourtant si contraignante. Le plus surprenant est sans doute que face à des problèmes aussi redoutables que l’équilibre des voûtes, et avec des moyens aussi rudimentaires, chaque constructeur ait marqué sa maison de sa personnalité et l’ait imprégné d’un sens inné de l’harmonie.

Si, contrairement à une idée répandue, les bâtiments ne sont presque jamais fortifiés, ils n’en apparaissent pas moins comme de fortes structures défensives. Construits tout de pierre, ils atteignent à un rare niveau de mimétisme, transposant en formes architecturales les formes naturelles inhérentes au causse.

Aujourd’hui toutes ces maisons ont été aménagées et modernisées pour les rendre plus conformes aux exigences actuelles de confort (chauffage central, équipements sanitaires, agrandissement des ouvertures ).

Habitats modernes et alternatifs

Il arrive aussi souvent que ces vieilles bâtisses, fermes ou habitations ne suffisent plus aux normes du confort actuel. Difficiles à isoler et à chauffer, coûteuses du point de vue de l’entretien et mal éclairées, certains leur préfèrent quelquefois le confort lisse des constructions modernes, d’autant que ces nouvelles constructions permettent aussi aux jeunes générations de trouver leur espace propre au sein d’une même explotation agricole.
D’autres ont fait le pari de l’autoconstruction et d’un habitat aussi économique qu’écologique. Pour exemple les Maison de paille 1979 maisons de paille dont la première a fait l’objet d’un chantier collectif au CUN en 1979. Les ballots de paille sont disposés à l’intérieur d’une ossature en bois et reçoivent un enduit extérieur et intérieur. Il forment une isolation efficace et à bas prix. Ce type de construction n’est plus tout à fait expérimental puisque d’autres maisons de paille ont vu le jour depuis sur le Larzac.
Le CUN avait investi aussi dans une éolienne qui fonctionne toujours actuellement et qui alimente le gîte en énergie électrique. Ce matériel arrive néanmoins en fin de vie. Récemment, des installations de chauffage solaire ont été mises en place chez des particuliers avec succès. Si l’avant garde de la construction alternative a essuyé quelques plâtres, on peut dire que ces expériences ont été nécessaires, les améliorations techniques actuelles remédiant aux défauts de jeunesse des premières installations.

Villages fortifiés, hameaux et fermes isolées

Jusqu’au XVII e siècle, l’habitat caussenard est resté soumis à des principes venus du Moyen-Âge : concentration en villages fortifiés par l’ordre des Hospitaliers (La Couvertoirade, St-Eulalie, La Cavalerie.) et en hameaux (juxtaposition de petites unités d’exploitation de plan et d’organisation similaires, avec citernes, aires à battre et four à pain, le plus souvent communautaires).

Dès la fin du XVI e siècle, mais surtout au XVII e , le Larzac connaît une première rupture de son système traditionnel agricole. Le transport par roulage et le développement d’activités pré-industrielles font du Larzac en carrefour routier important et donnent une dimension nouvelle à son économie. C’est à cette époque que la ferme isolée, telle que nous la connaissons encore aujourd’hui, commence à apparaître. Mais rien ne distingue ce nouveau lieu d’exploitation de l’ancienne ferme de village, si ce n’est l’adjonction des équipements habituellement communs (four, aire, citerne), indispensables dans la situation d’autarcie de ces nouvelles installations.

Grottes aménagées et habitations troglodytes

On trouve quelques grottes aménagées en bergerie (Le Sot), en cave (Beaumescure) ou en habitation (Clapade). Il existe quelques habitations troglodytes aménagées contre une paroi rocheuse (Les Beaumes).


Note : Extraits de la plaquette "Maisons du Larzac", éditée par l’Ecomusée du Larzac (texte de Nicole Andrieu et Jean Milleville), disponible auprès de l’APAL. Photographies de cette page : © Escappade.com