ContactNewsletterRechercher
Accueil > Comprendre > L’histoire > Le Larzac, laboratoire foncier

Le Larzac, laboratoire foncier

Deux structures foncières collectives, les GFA Larzac et la Société Civile des Terres du Larzac (SCTL) I gèrent 15% des terres de la partie nord du Larzac. Une situation exceptionnelle de gestion et de contrôle agricole du foncier.

En 1971, au début de l’affaire du Larzac, personne sur le causse, ne parle encore de gestion collective du foncier. Les 127 agriculteurs concernés par le projet d’extension exploitent la terre soit en propriété (25%), soit en fermage (75%).

Sur le nord Larzac, les communes possèdent près de 3 500 ha de terrains communaux utilisés par les paysans pour les pâturages d’été et d’automne.
Le déclenchement du conflit fait apparaître une situation de la propriété très émiettée. Plus de 450 propriétaires pour la zone convoitée par l’armée.
Dès le départ, les paysans du Larzac comprennent que, face à la volonté de l’Etat d’accaparer leur terre, la question de la stratégie foncière sera une des clefs de la lutte.
D’emblée, le "Serment des 103" inscrit la primauté de l’activité agricole sur la propriété : "les paysans ne sont pas à vendre".
La réflexion sur la résistance face aux achats à l’amiable de l’armée ou à l’expropriation démarre simultanément à la mobilisation de l’opinion publique.
En 1973 l’idée germa : pourquoi ne pas utiliser les outils juridiques agricoles pour contrecarrer l’armée ?
Ainsi naissaient les GFA Larzac (groupement foncier agricole) première utilisation militante d’une possibilité offerte par la loi pour acquérir le foncier par action comme pour une entreprise. Alors que le Crédit agricole incitait à la prise de parts dans des GFA moyennant un pourcentage annuel d’intérêt (CEGESPAR), le Larzac proposait à des militants de créer une propriété collective pour résister à l’expropriation.
En 1981 à la fin du combat les 4 GFA Larzac regroupaient 1 200 hectares répartis de manière stratégique tout autour du camp militaire initial. La stratégie d’encerclement avait contribué à freiner le processus des militaires et l’acquisition des terres par le GFA permet de racheter à des propriétaires contraints de vendre leurs propriétés. Une trentaine de fermier était concernés. Au fur et à mesure des acquisitions, il bénéficiaient d’un bail de 25 années.

Cet exemple allait être suivi de beaucoup d’autres, donnant naissance à une nouvelle vision des GFA. En vallée d’Aspe, au Pays Basque.., les exemples se sont multipliés. Aujourd’hui tous ces GFA mutuels réfléchissent sur les modifications à apporter pour améliorer le fonctionnement et la pérennisation des GFA militants !

La victoire de 1981 allait permettre au Larzac de devenir ce que Bernard Lambert appelait le "Laboratoire foncier".

En plein débat avec le Ministère de l’agriculture sur les offices fonciers, le Larzac apparaissait comme la possibilité concrète de passer à l’exercice pratique. Après le report sine die du projet de remise en cause de la politique foncière par M. Rocard, le Larzac, soutenu par les travailleurs-paysans s’est battu pour arracher en 1985 un transfert de toutes les terres que l’armée avait achetées, 6 300 hectares, à la Société Civile des Terres du Larzac par bail emphytéotique.

Le 15 avril 1985 naissait ainsi le premier office foncier. Depuis 25 ans l’expérience continue. Elle a permis d’installer une vingtaine de nouveaux paysans. Elle permet de fixer collectivement en assemblée générale, la valeur agronomique des terres et les montants des fermages. Elle attribue les terres avec des baux de carrière (jusqu’à l’âge de la retraite). Elle utilise la valeur d’usage des bâtiments pour indemniser les fermiers à leur départ, etc.

Grâce à cette gestion collective du foncier par les paysans eux-mêmes, la SCTL mais aussi les GFA sont des partenaires incontournables en matière d’aménagement foncier, de remembrement ou de projets dévoreurs d’hectares. La preuve est ainsi faite que les paysans en dehors de la seule logique de la propriété privée, peuvent pérenniser l’emploi paysan tout en s’associant aussi à des personnes extérieures à l’agriculture soucieuses de maintenir des campagnes vivantes où les usages de la terre pour produire, préserver et accueillir peuvent prospérer ensemble.