ContactNewsletterRechercher
Accueil > Une histoire singulière > L’histoire > La solidarité

La solidarité

Pendant la lutte, de 1971 à 1981

Dans une résistance populaire, la solidarité s’articule autour de deux axes : en interne, c’est-à-dire entre les acteurs-mêmes, et en externe, c’est-à-dire aussi bien des acteurs vers l’extérieur que de l’extérieur vers les acteurs.

La solidarité interne

La cohésion et l’unité, principales caractéristiques de la lutte du Larzac, se sont manifestées sous différentes formes de solidarité interne : par un engagement individuel, le "Serment des 103" (signé en 1972 et renouvelé en 1975), les Paysans du Larzac s’engagent à être solidaires entre eux, dans leur refus de céder leurs terres à l’armée ; à travers l’outil des GFA, ils soutiennent le maintien des petites exploitations en réduisant les écarts entre les grandes et les petites ; ils remettent en état le logement détruit par un attentat d’une famille de paysans à la Blaquière (mars 75) ; ils installent de nouveaux agriculteurs et leur apportent le soutien matériel nécessaire à leur maintien (troupeau de la ferme de Cavaliès créé grâce à des brebis données par des paysans, nombreuses journées de travail collectif pour la réfection de chemins de ferme, nombreux chantiers de volontaires, etc.)

La solidarité externe

Des actions qui partent du Larzac

Dès le début de leur lutte, les Paysans du Larzac tiennent, pour des raisons tant "politiques" que stratégiques, à l’inscrire dans un contexte plus global, et établissent ainsi rapidement des liens avec d’autres résistances : ils mènent des actions symboliques (apport de nourriture, collecte d’argent) en direction des ouvriers en grève à Millau (1972-73) ; ils rassemblent 100.000 personnes pour une Fête des Moissons au profit des habitants du Sahel (août 1974) ; ils entretiennent une solidarité croisée avec "les LIP" de Besançon (fabrique de montres), la grande lutte ouvrière des années 70 ; ils apportent leur soutien à des résistances locales sur le thème "des Larzac partout" (contre une centrale nucléaire en construction à Braud et Saint-Louis et en faveur des paludiers des salins de Guérande, durant l’été 75) ; ils participent à la résistance contre un projet de centrale nucléaire à Plogoff en acheminant et installant trente brebis du Larzac dans la bergerie nouvellement construite sur le site de la future centrale (1980).

Des actions en direction du Larzac

Mais la solidarité s’est aussi exprimée de façon massive, et très diverse, en direction des Paysans du Larzac : les mouvements pacifistes, non-violents, occitans, d’extrême-gauche, se mobilisent les premiers dès l’annonce du projet d’extension du camp militaire en 1971, alors que la quasi-totalité des agriculteurs concernés restent dans l’expectative pour répondre au mot d’ordre de la FDSEA ; quelques 150 "comités Larzac" (coordinations locales de tous les mouvements militants qui relaient-diffusent les informations et organisent des manifestations locales) se créent en France et dans certaines villes européennes (une réunion mensuelle des délégués locaux a lieu une fois par mois sur le plateau) ; des engagements individuels se multiplient au travers du "refus de 3% de l’impôt", du "renvoi du livret militaire" (pour les hommes), de dons en espèces, du travail de bénévoles, de la participation à des manifestations et à des jeûnes, de l’achat des parts de GFA ou SCI, etc. ; des objecteurs de conscience, insoumis au service civil, et des agriculteurs viennent s’installer illégalement dans des bâtiments et sur des terres appartenant à l’armée ; des actions de solidarité collective sont organisées (achat d’une parcelle de terre par les "LIP" en 1975) ; des mouvements militants nationaux (partis politiques, syndicats ouvriers et paysans) s’engagent dans l’organisation de grandes manifestations ; de nombreuses personnalités de tous milieux (Jean Toulat, Lanza del Vasto, le général Jacques de Bollardière, Jean-Paul Sartre, Graeme Allwright, Ariane Mouchkine, l’amiral Antoine Sanguinetti, etc.) apportent leur soutien ; des engagements individuels plus discrets (transferts d’informations sensibles) se manifestent ; des "Rencontres pour la Paix" sont organisées sur le plateau durant l’été 1981 avec de nombreux mouvements et délégués étrangers.

La solidarité de 1981 à nos jours

A la fin de la lutte du Larzac, les Paysans et le mouvement de soutien, conscients de l’importance de la solidarité dans la résistance, souhaitent travailler "en retour de solidarité". Ils créent pour cela la "Fondation Larzac" (fondée en 1982, elle devient "Larzac-Solidarités" en 1999. La première action de la Fondation est l’édition d’un livre, Alors la paix viendra , qui est vendu à plus de quatre mille exemplaires, au profit de mouvements de résistances des pays du Sud (Nouvelle-Calédonie, Salvador, etc.).

A partir de là, les actions de solidarité sont menées par la Fondation, mais aussi par d’autres structures du plateau et de la région (l’APAL-Association Pour l’Aménagement du Larzac, le Cun du Larzac, l’AVEM-Association des Vétérinaires et Eleveurs du Millavois, la Confédération Paysanne-Aveyron) et relayées par les organes d’information du Larzac (Gardarem lo Larzac, la Lettre d’information de Larzac-Solidarités, le Bulletin du Cun du Larzac).

En 1982, une délégation de paysans et de militants du Larzac va au Japon pour soutenir la résistance contre l’agrandissement de l’aéroport de Narita-Sanrizuka. En août 1983, un rassemblement de quinze mille personnes "pour le gel nucléaire" est organisé sur le plateau, en pleine bataille contre l’installation des "euromissiles" américains en Europe. A partir de 1985, la solidarité avec le peuple Kanak s’organise à travers des visites de responsables indépendantistes sur le plateau, de nombreux séjours d’habitants du Larzac en Nouvelle-Calédonie, des actions locales de sensibilisation ("bougna kanak", collecte de fonds de soutien, campagne pour le référendum de 1988), de soutien (don symbolique d’une parcelle de terre de la SCTL) et de désobéissance civile (à l’occasion du procès de Hienghene).

En 1995, une délégation du Larzac se rend à Tahiti pour manifester sa solidarité avec le peuple Maohi dans sa résistance contre les essais nucléaires à Moruroa.
Diverses actions de soutien au peuple Palestinien sont par ailleurs organisées par l’intermédiaire de l’Association Médicale France-Palestine (accueil d’agriculteurs du PARC-Palestinien Agricultural Relief Committe), puis de la Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (des Larzaciens participent aux "missions civiles" en Palestine), avant que Larzac-Solidarités suscite la création du "Comité Palestine-12" dans le but de sensibiliser la population locale au drame palestinien (soirées publiques d’information, communiqués de presse, heure de silence hebdomadaire à Millau) et de participer à des actions de soutien d’envergure nationale.
A partir de 2000, l’AVEM organise des échanges avec des pays du Sud (visites de paysans aveyronnais, accueils-stages d’agriculteurs-éleveurs algériens et sénégalais).
Et comme il le fait depuis le début des années 70, le Larzac continue d’accueillir périodiquement de nombreux représentants des mouvements de paysans du monde (Colombie, Espagne, Salvador, Inde, etc.), venus s’informer et profiter de l’expérience du Larzac dans différents domaines, comme la résistance non-violente et la gestion collective du foncier.« »